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Diplomatie du sport : une perspective chinoise

Diplomatie du sport : une perspective chinoise

En 2008, la Chine est devenue la 22e nation à accueillir les Jeux olympiques. Pour la première fois, elle organisait le plus grand événement sportif au monde, rassemblant plus de 10.000 athlètes sur son sol. Cinq ans plus tard, la Chine demeure sur le devant de la scène sportive et politique. Les critiques auxquelles le pays a dû faire face, ainsi que la question du fort contrôle étatique sur les conditions d’entraînement révèlent le degré de politisation du sport dans la perspective chinoise.

Bien que la Charte olympique s’oppose à l’usage du sport à des fins politiques, les compétitions internationales jouent un rôle crucial au niveau diplomatique. En réalité, la Chine a peu été touchée par ce constat au début du 20e siècle. En dépit de son immense bassin de population, elle est longtemps restée coupée du système sportif occidental. Ainsi, le pays n’a pas envoyé d’athlètes aux neuf premières éditions des Jeux olympiques.

Après la révolution, la République populaire de Chine (RPC) décide de prendre part aux Olympiades de 1952 à Helsinki. Le parti communiste profite de cet événement pour obtenir une reconnaissance au niveau international. La RPC crée alors la All-China Sport Federation, qui devient par la suite le Comité olympique chinois (COC). Cette action contribue aussi à renforcer la cohésion nationale. La situation demeure incertaine, car le Comité international olympique (CIO) invite à Helsinki des athlètes des deux camps chinois en conflit, la RPC et Taïwan. Quatre ans plus tard à Melbourne (Australie), le COC se retire du CIO, car ce dernier avait décidé d’inviter les athlètes taïwanais en priorité. Face à cela, le président indonésien Sukarno affirme : « les Jeux Olympiques internationaux ont prouvé qu’ils étaient au service des impérialistes […] Ils ont promu des Jeux Olympiques apolitiques […] Quand ils ont exclu la Chine communiste, ce n’était pas de la politique ? ».

Au cours des années 1970, la diplomatie du ping-pong entre les Etats-Unis et la Chine permettent de réduire les tensions entre les deux pays. Plus tard, suite à la répression sur la place Tien Anmen,  les pays occidentaux imposent des sanctions à la Chine. Cependant, le soutien apporté par les Chinois aux Coréens du sud l’année précédente, alors que ces derniers recevaient les Jeux de 1988 à Séoul, va se révéler payant. Le président sud-coréen Roh Tae Woo voit dans les jeux asiatiques de Pékin 1990 une opportunité de normaliser ses relations avec la Chine. Le grand succès diplomatique de cet événement permet également une normalisation des relations avec les voisins lao et vietnamien.

Avec la fin de la guerre froide, nous assistons à une montée en puissance des organisations non gouvernementales, une extension des multinationales, un plus fort impact des médias de masse et des initiatives individuelles. Lorsque Pékin obtient l’organisation des Jeux Olympiques en 2001, de nombreuses voix s’élèvent pour critiquer la censure et les violations des droits humains en Chine. A contrario, les Jeux représentent pour le gouvernement chinois une chance unique de montrer les avancées économiques, culturelles, sociales et politiques du pays. Les grandes puissances, emmenées par les Etats-Unis, essaient de mettre la Chine sous pression sur deux enjeux majeurs, la politique chinoise au Darfour et la situation au Tibet. Pékin appelle alors à ne pas politiser la compétition et ne change pas sa position sur le Tibet, invoquant légitimement sa souveraineté territoriale.

Les Jeux Olympiques de Pékin ont montré à quel point sport et politique s’entremêlent de plus en plus. Lors de la cérémonie d’ouverture, 54 chefs d’Etat et 10 dignitaires royaux étaient présents dans le stade. Plus de 100 réunions ont eu lieu entre les officiels chinois et les dirigeants d’autres pays. La récente controverse à propos de la Coupe du Monde de football attribuée au Qatar et les manifestations contre les dépenses du gouvernement brésilien pour les tournois à venir démontrent que sport et politique sont intimement liés. A l’avenir, les politiciens des pays émergents feront de plus en plus appel aux grands événements internationaux à des fins diplomatiques. Les organisations de la société civile, elles, profiteront de l’énorme couverture médiatique afin d’attirer l’attention sur leurs actions et promouvoir certains changements politiques.

 

Lire l’article complet : Qingmin, Z. (2012), “Sports Diplomacy: The Chinese Experience and Perspective”, The Hague Journal of Diplomacy, n°8 (2013), pp. 211-233

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